La révolution pédagogique est déjà là !
La révolution pédagogique est déjà là !

L’accroche affective dans les apprentissages

Nous sommes en séance de débat mathématique libre quand quelqu’un frappe à la porte : c’est Mylène qui nous rend visite. Mylène était dans notre classe (CE1) au premier trimestre mais elle a dû déménager en province. Profitant de vacances scolaires décalées de février et d’une visite dans sa famille restée à Épinay, elle a eu envie de venir revoir ses anciens camarades de classe. C’est une très bonne surprise pour tout le monde. Alors les questions fusent : sa nouvelle école, ses nouveaux camarades, ses activités en classe, ses comparaisons avec la nôtre, etc. Mais quand elle dit qu’elle habite à Troyes, cela interpelle, drôle de nom !
Est-ce une ville ? Est-ce loin d’Épinay ? Et si nous cherchions sur la grande carte accrochée au mur ?

Et nous nous retrouvons devant la carte. Celle-ci n’avait pas encore fait l’objet de nos observations, se trouvant pourtant là depuis le début de l’année. Mais aujourd’hui, elle présente un grand intérêt. Difficile de trouver Troyes tout de suite. Chacun y va de son observation :
On voit la France. Et les pays qui la touchent. Il y a du bleu et du vert et du marron…
Nous lisons alors des noms de pays, de villes… et un enfant trouve Troyes.
Regardez, il y a un trait bleu qui passe sur Troyes… C’est bleu comme l’eau… Mais c’est la Seine, comme à Épinay… ça alors la Seine elle est à Troyes et à Épinay...
Durant tout cet échange beaucoup d’enfants ont parlé, chacun apportant son savoir sur le rôle des couleurs, les frontières, les paysages… enrichissant ainsi la culture du groupe.
Un enfant se rappelle alors notre promenade au bord de la Seine et les feuilles qui filaient sur l’eau toutes dans le même sens.
J’ai une idée, nous pourrions échanger des messages avec Mylène en mettant une bouteille à l’eau, elle la récupèrerait à Troyes…
Enthousiasme général ! Quelqu’un réagit alors : Oui, mais… les feuilles, elles allaient toujours dans le même sens… La Seine, on avait trouvé qu’elle allait vers la mer… Alors seulement Mylène pourrait nous écrire….

Quand Mylène est arrivée en classe, nous étions en débat mathématique. J’aurais pu l’intégrer de nouveau au groupe et finir la séance. Il fallait opérer un choix : j’ai laissé vivre ce débat géographique, et je ne l’ai pas regretté. Je ne me doutais pas qu’il serait aussi riche.
Le jour suivant, collectivement nous avons réalisé une synthèse de tout ce qui avait été évoqué devant la carte : belle séance de géographie !