La révolution pédagogique est déjà là !
La révolution pédagogique est déjà là !

Un escargot dans l’oreille ?

Le matin du 7 janvier, Arthur (7 ans) nous annonce :
- Mon papa m’a dit qu’on avait un escargot dans l’oreille.
Étonnement général !
- Un vrai escargot ?
- Oui.
- Avec des cornes et une coquille ?
- Oui et même que quand il est mort, on n’entend plus rien. 

Beaucoup d’enfants protestent en disant que ce n’est pas possible d’avoir un animal vivant dans son oreille. Presque tout le groupe semble d’accord. Mais toujours pas Arthur. La discussion dure un petit moment mais sans animosité. En effet, Arthur est comme le bébé du groupe : il est plus petit que les autres enfants, assez maladroit. Il intervient souvent avec des exemples farfelus mais le groupe les entend et s’efforce toujours gentiment de lui expliquer qu’il se trompe. Et Arthur finit toujours par accepter ses erreurs.
Rien n’émergeant de la discussion sur l’escargot de l’oreille, je propose de mettre la question à l’étude un jour prochain. J’inscris sur le coin du tableau réservé aux projets en cours : Escargot dans l’oreille ?

Le lendemain matin, Arthur arrive avec un livre en disant :
- Dans mon livre, il y a le dessin de l’escargot qui est dans l’oreille.
Tout le monde regarde (c’est un croquis de l’oreille interne) et les commentaires abondent :
- C’est la forme d’un escargot, ce n’est pas un escargot.
- Dans notre oreille, il y a quelque chose qui ressemble à un escargot.
- Non, c’est un vrai escargot qui est dessiné.
- Pas possible, ce qu’il y a dans l’oreille, c’est une spirale qui tourne comme la coquille de l’escargot et c’est derrière le « tampon », alors si c’était un escargot, il ne pourrait pas respirer et vivre parce que le « tampon », ça bouche l’oreille. Je le sais parce que le mien, on l’a percé pour me soigner.
Là c’est Alexandre qui s’exprime, lui qui subit régulièrement des otites.
- Ce n’est pas le tampon, mais le tympan. (Moi)
- On n’a qu’à lire ce qui est écrit. 

 Alors tout le monde se met à essayer de lire… Échec ! Les enfants (classe de CP) ne reconnaissent aucun mot. C’est un livre écrit dans une langue étrangère. Arthur l’a eu en cadeau d’un cousin du Portugal.
- Il nous faudrait un autre livre qu’on soit capable de lire.
Je perçois le fort désir des enfants d’en savoir plus et je décide de les emmener tout de suite à la bibliothèque. Je ne pensais pas que le désir de trouver une réponse au problème posé serait si impérieux !

À la bibliothèque centre de documentation de l’école, les enfants découvrent la classification des livres.
Ils ont vite fait de repérer le coin des livres de sciences et sortent des rayons tous ceux qui concernent le corps humain. Ils se mettent à chercher les pages où l’on parle de l’oreille. En petits groupes, ils observent les croquis.
Soudain un enfant (déjà expert en lecture) s’écrie :
- J’ai trouvé que l’escargot de l’oreille s’appelle un limaçon.
- Moi, dans mon livre, c’est marqué colimaçon. Pourquoi les livres ne disent pas la même chose ?
- Ah c’est pour cela qu’Arthur a parlé d’escargot, moi le mot limaçon me fait penser à une limace.
- C’est compliqué, ce serait mieux si c’est toi qui nous lisais ce qui est écrit, comme ça, on saurait comment ça fonctionne l’oreille…

Je leur lis les textes accompagnant les croquis de l’oreille interne et les enfants repèrent sur les croquis les parties nommées : le tympan qui est comme la peau du tambourin, les osselets qui se cognent, les nerfs qui sont comme des fils électriques... Nous terminons là la séance. La matinée est déjà bien entamée.

Je retrouve les enfants à 13 heures. Ils racontent à Sana qui était absente le matin qu’ils ont fait des recherches sur l’oreille. Nous décidons de lui expliquer tout ce que nous avons compris. Collectivement, nous arrivons à reconstituer le fonctionnement. Je suis émerveillée et je les complimente.
- Oui alors, mais qu’est-ce que c’est le son ? Ça fait bouger le tympan mais on ne voit pas le son et on ne peut pas le sentir, le toucher…
Une question encore sans réponse mais qui s'inscrit fortement dans la tête de chacun des enfants.

Les jours suivants, nous rédigeons une fiche documentaire avec ce que nous avons retenu. Ils me demandent de photocopier un des croquis qu’ils ont choisis et ils inscrivent eux-mêmes tous les mots savants qu’ils ont rencontrés. Nous parlerons encore de l’oreille longtemps, le thème de la transmission du son étant loin d’être épuisé.

Voilà un exemple de la façon dont, en Méthode naturelle, on prend au sérieux les enfants, y compris pour leurs idées les plus improbables. Ils savent qu'on les écoute, qu'on s'intéresse à eux au point de les suivre et de les accompagner (la « part du maître ») sur leurs propres chemins :
Émission d’une idée invraisemblable par un enfant, réaction du groupe qui le contredit et veut prouver qu’il se trompe : cela a suscité un désir de convaincre et c’est tout naturellement que tout le monde s’est mis au travail dans l’enthousiasme.
La motivation était grande aussi pour comprendre le fonctionnement de l’oreille et quel plaisir d’avoir trouvé des réponses !